Traduit du persan par Manijeh Nouri-Ortega
VOICI DONC ASSEMBLÉS TOUS LES OISEAUX DU MONDE, CEUX DES PROCHES CONTRÉES ET DES PAYS LOINTAINS. Ils se firent, à mi-voix, ces réflexions émues : « Est-il sur cette terre un royaume sans roi ? Aucun sauf un, le nôtre, et cela n’est pas bon. Unissons-nous, cherchons, trouvons enfin celui qui conduira nos vies. Sans lui, que sommes-nous ? Une foule sans âme, un peuple chaotique, un désordre ambulant ! » Voilà ce qui fut dit en bruissements craintifs. Or, tandis qu’ils tenaient leur pépiant débat, la huppe s’avança au-devant des plumages. Un espoir impatient avivait son regard. Sur sa poitrine était inscrit le signe des chercheurs de vie et sur son front resplendissait la couronne de vérité. Elle distinguait le bien du mal. Elle connaissait le chemin juste. – Oiseaux, dit-elle, sachez-le, je fus aimée de Salomon. Mon vol a guidé ses armées, et chose incroyablement vraie, si dix oiseaux l’abandonnaient, à l’instant il les oubliait, mais moi, qu’une heure je m’absente, que faisait-il ? Il s’inquiétait, il me faisait chercher partout. Il ne pouvait vivre sans moi. Il me confiait ses messages, je les portais, je revenais. Derrière le rideau tiré, j’étais sa seule confidente. Il me fit reine, par amour. Plus grande joie ne saurait être même au jardin du paradis ! J’ai vécu près de Salomon ce que nul ne saurait connaître. Avec lui j’ai couru les mers, j’ai traversé monts et déserts, j’ai franchi les eaux du déluge. Quels que soient la route et le temps, je fus sans cesse auprès de lui. S’il me fut donné de toucher au secret de la Création, je le dois à son amitié, autant qu’à mon propre labeur.
Traduit du persan par J. H. GARCIN DE TASSY
CHAPITRE II - DISCOURS DE LA HUPPE AUX OISEAUX. (V. 658.) Les oiseaux du monde se réunirent tous, tant ceux qui sont connus que ceux qui sont inconnus, et ils tinrent alors entre eux ce langage : « Il n'y a pas dans le monde de pays sans roi ; comment se fait-il cependant que le pays des oiseaux en soit privé ? Il ne faut pas que cet état de choses dure plus longtemps ; nous devons joindre nos efforts et aller à la recherche d'un roi, car il n'y a pas de bonne administration dans un pays sans roi, et l'armée est désorganisée. » En conséquence de ces considérations, tous les oiseaux se rendirent en un certain lieu pour s'occuper de la recherche d'un roi. La huppe, tout émue et pleine d'espérance, arriva et se plaça au milieu de l'assemblée des oiseaux. Elle avait sur la poitrine l'ornement qui témoignait qu'elle était entrée dans la voie spirituelle ; elle avait sur la tête la couronne de la vérité. En effet, elle était entrée avec intelligence dans la voie spirituelle, et elle connaissait le bien et le mal. « Chers oiseaux, dit-elle, je suis réellement enrôlée dans la milice divine, et je suis le messager du monde invisible.