Traduit du persan par J. H. GARCIN DE TASSY
Vint ensuite la perruche, tenant du sucre au bec, vêtue de vert comme la pistache, et ornée d'un collier d'or. Au prix de son éclat, l'épervier n'est qu'un moucheron,[115] et partout la verdure est le reflet de ses plumes. Le sucre distille de ses paroles, car elle croque du sucre dès le matin. Écoute quel est son langage : « Des gens vils et des cœurs d'acier, dit-elle, m'ont enfermée, toute charmante que je suis, dans une cage de fer. Retenue dans cette prison, je désire avec ardeur la source de l'eau de l'immortalité gardée par Khizr. Comme lui, je suis vêtue de vert,[116] car je suis le Khizr des oiseaux. Je voudrais m'abreuver à la source de cette eau, mais je n'ai pas la force de m'élever jusqu'à l'aile du Simorg ; la source de Khizr me suffit. »
La huppe lui répond : « Ô toi qui n'as aucune idée du bonheur ! sache que celui qui ne sait pas renoncer à sa vie n'est pas homme. La vie t'a été donnée pour que tu puisses posséder un seul instant une digne amie. Recherche sincèrement l'eau de la vie ; mets-toi donc en marche, car tu n'as pas l'amande, tu n'en as que l'écorce. Veux-tu sacrifier ta vie pour les belles ? imite les hommes dignes de ce nom, en entrant franchement dans leur voie. »
Traduit du persan par Manijeh Nouri-Ortega
VOICI LA PERRUCHE À LA BOUCHE DE MIEL, À LA ROBE PISTACHE, À LA GORGE DORÉE, Si superbe et si verdoyant qu’un moustique orné de la sorte passerait pour un épervier. Son bec n’est friand que de sucre. Son langage l’est donc aussi. – Des malfaisants, dit-elle, des êtres au cœur de roc m’ont enfermé dans une cage et là, derrière ses barreaux, je me consume, je me meurs. Un désir impatient me tient. Je veux boire l’eau de jouvence que garde Khirz, le Génie vert, vert comme l’est l’habit de plumes qui me couvre de pied en cap. Vois, je suis le Khirz des oiseaux. Je veux goûter à l’eau parfaite. Une goutte d’elle, une seule suffirait à combler ma vie. Pour trouver cette source-là j’accepte d’errer, de souffrir, pourvu qu’au bout de mon errance je sois maître, enfin, de mon temps ! Cette quête m’exalte trop. Cheminer jusqu’au roi Simorgh ne peut pas combler mon désir !
La huppe répondit : – Ô frère infortuné, celui qui ne sait pas sacrifier sa vie n’est pas un vrai vivant ! À quoi te sert ton temps terrestre si tu ne peux y recevoir la visite du Bien-Aimé ? Que désires-tu donc ? Accumuler les ans ? Les entasser sans fin dans ta coquille creuse ? Allons, ce serait là survivre sans honneur. En véritable chevalier offre ta vie à ton Ami et pour Lui seul risque-la toute !